Nettoyage des vêtements souillés par des produits toxiques                                     Pierre PARNEIX                        
                                                                                  Concours médical  09/03/2002
 

Médecin du travail à la Martinique, je rencontre un problème majeur de risque toxicologique pour deux populations de salariés. La première est constituée d’ouvriers agricoles des habitations bananières manipulant des pesticides (utilisation massive et dans des conditions particulièrement scabreuses compte tenu de la chaleur, de l’analphabétisation (30%) et surtout du travail « à la quitte » (sitôt fini, sitôt parti) ; la seconde, du personnel technique d’une raffinerie de pétrole (une centaine de personnes) exposé aux produits pétroliers et à divers produits chimiques toxiques. Le problème concerne le nettoyage des vêtements de travail. En milieu bananier, de deux à six personnes par habitation manipulent les produits de manière régulière et quelques autres de manière occasionnelle ; Le nettoyage est assuré par le salarié. Bien sûr, j’insiste sur le nettoyage après chaque utilisation, et à part du linge familial… en milieu pétrolier, il existe théoriquement un système de nettoyage en sous-traitance par une entreprise extérieure, mais le personnel n’est pas satisfait de ce système (non-personnalisation des tenues de travail) et, en pratique, une grande partie des salariés font le nettoyage chez eux. A noter que les fiches de données de sécurité de nombreux adjuvants recommandent la « décontamination des vêtements souillés » sans précision sur ladite décontamination. Le lavage en machine pratiqué par le conjoint ignorant des risques toxicologiques est-il suffisant ? Faut-il « décontaminer » avant ? Si oui, comment ? Existe-t-il un risque de contamination pour un nourrisson dont le linge serait lavé au tour de machine suivant ?

Je souhaite compléter ma campagne de prévention des risques toxicologiques par la diffusion d’un protocole de nettoyage adapté aux réalités locales.

Existe-t-il des documents qui pourraient m’aider à le réaliser et/ou des adresses d’organismes ou de fabricants de produits d’entretien qui se sont penchés sur le problème ?

Dr B…/Martinique)

  Réponse de Pierre PARNEIX

Prat. Hosp., CCLIN sud-ouest, CHU Bordeaux

  Sur le plan réglementaire, l’article L.230-2 du code du travail précise au titre III que, « sans préjudice des autres dispositions du présent code, le chef d’établissement doit, compte tenu de la nature des activités de l’établissement : a) évaluer les risques pour la sécurité et la santé des travailleurs, y compris dans le choix des procédés de fabrication, des équipements de travail, des substances ou préparations chimiques, dans l’aménagement ou le réaménagement des lieux de travail ou des installations et dans la définition des postes de travail ; à la suite de cette évaluation et en tant que besoin, les actions de prévention ainsi que les méthodes de travail et de production mises en œuvre par l’employeur doivent garantir un meilleur niveau de protection de la sécurité et de la santé des travailleurs et être intégrées dans l’ensemble des activités de l’établissement et à tous les niveaux de l’encadrement ; b) lorsqu’il confie des tâches à un travailleur, prendre en considération les capacités de l’intéressé à mettre en œuvre les précautions nécessaires pour la sécurité et la santé ».

De plus, l’article R.231-54-4 précise que « des appareils de protection individuels adaptés aux risques encourus sont mis à la disposition des travailleurs susceptibles d’être exposés à l’action des substances ou des préparations chimiques dangereuses ». Aussi est-il nécessaire, en fonction des produits utilisés et en référence à leur fiche toxicologie, de mettre à disposition du personnel les moyens de protection adaptés au risque, et il faut bien séparer la seconde situation, où le personnel adapte la stratégie proposée, de la première, où la protection ne semble pas prise en compte.

Des vêtements de travail propres doivent être utilisés chaque jour. Le nettoyage de ces vêtements par le personnel n’est qu’une stratégie par défaut. Dans ce cas, on peut recommander dans l’idéal un premier trempage sur le lieu de travail des vêtements souillés, mais il faut souligner que, selon le produit en cause, la fiche toxicologique peut stipuler la destruction de tout vêtement souillé. En ce qui concerne le domicile, il est nécessaire de ne pas contaminer l’environnement domestique, et donc de transporter les vêtements dans un emballage étanche. L’idéal serait d’utiliser des sacs plastique hydrosolubles qui se délitent en machine sous l’effet de l’immersion et qui évitent tout risque de contact avec les toxiques. Pour les pesticides, on peut proposer des cycles à haute température avec une phrase de prélavage. Bien entendu, il faut traiter dans ces cycles uniquement du linge contaminé et si possible avec une simple demi-charge qui permettra une meilleure élimination des contaminants. Enfin, avant tout nouvel usage domestique, il faut réaliser un cycle à vide avec du produit détergent afin de contaminer la machine. Certains préconisent même de doubler toutes ces opérations (1) .Toutefois, et même dans ces conditions, il paraît difficile d’affirmer que cette pratique ne présente aucune risque toxique pour des nouveaux-nés via leurs vêtements : le seul conseil judicieux en la matière est de ne pas traiter des vêtements contaminés dans une machine servant pour du linge de nouveau-né.