Meilleur suivi des salariés exposés


 

  Deux enquêtes menées dans la région du nord ( amiante et poussière de bois )

 montrent la nécessité de dépistages plus appropriés.

 

  LES 830 salariés de Metaleurop à Noyelles-Godault n’ont pas seulement été  exposés au plomb. Ils se

 sont trouvés aussi, pour la plupart, au contact  d’autres métaux tout aussi dangereux tels que l’arsenic, le

 zinc, le chrome..

Quel suivi médical s’offre à eux ? Comment seront-ils pris en charge dans les années futures ?
 

« Quand une entreprise ferme, l’inspection du travail récupère les dossiers, explique le professeur Paul

 Frimat, directeur du GIP CERESTE (centre recherche en ergonomie, santé, travail), et pour ma part j’a

  suggéré au ministère qu’un suivi médical soit réalisé durant deux ans afin d’évaluer si les taux de

 plomb dans l’organisme diminuent ou pas. Je n’ai pas  eu de réponse. Le seul bruit que j’ai récolté, c’est

 que l’assurance maladie estime que ce n ‘est pas à elle de payer...

    » Ce suivi, en bonne logique, devrait être assuré par la branche « accidents du travail, maladies

 professionnelles » de la Sécurité sociale. Elle est financée   par les employeurs (contrairement à la branche

 assurance maladie) et il n’est   pas sûr du tout que cette prise en charge intervienne.

   Les spécialistes (GIP CERESTE et Institut de santé au travail du nord de la   France) qui organisaient hier

 à Lille une journée d’échanges sur la santé en entreprise, militent pour l’instauration d’une visite médicale

 de cessation d’activité, qui permettrait de mesurer le niveau de contamination, l’ampleur   des maladies

 professionnelles. Mais on entre très vite en la matière dans une   logique de tuyaux non communicants !

 Les mille employés des entreprises  sous-traitantes, pourtant eux aussi concernés, ne bénéficieraient pas

 d’un   même suivi puisque, pour le moment, c’est Metaleurop qui est fermé...

 Dépister ou cibler?

   Cet exemple illustre tout à la fois la volonté de la médecine du travail d’évoluer, en consacrant moins de

 temps aux visites réglementaires annuelles (beaucoup souhaiteraient un aménagement de la loi de 1946),

 et de s’investir davantage sur le champ de la santé au travail, sur les maladies professionnelles (la prévention, le dépistage et la recherche).

Ce GIP CERESTE (unique en France) a mené des études qui montrent que la question du « dépistage »

 est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît. L’une a porté sur la contamination par l’amiante, sur trois sites

 Eternit, les chantiers navals, Finalens près de Mazingarbe. Quatre cents personnes ont été suivies 60 %

 présentaient des plaques pleurales, signe d’une exposition mais pas révélateur d’un mésothéliome.

 Soixante-dix pour cent des salariés ont refusé cette forme de suivi, vraisemblablement par crainte de

 savoir. Une autre étude est en cours sur la contamination par les poussières de bois. Cent trente

 entreprises de la région ont participé:  la moitié des personnes concernées connaissaient des problèmes

 de sinus. D’où la mise en oeuvre d’une prévention adaptée à chaque cas. Pour autant, on s’interroge sur la

 «cible » choisie : les artisans sont probablement les plus exposés, et eux ne sont jamais suivis.

    Traçabilite

 Médecin inspecteur régional du travail, Jeanne-Marie Brillet pointe une autre difficulté : il devient de plus en

 plus difficile, avec des intérims multiples, de mesurer l’accumulation des expositions auxquelles ont été

 confrontés de nombreux salariés. Il se dit qu’une carte Vitale 3 pourrait inclure des éléments inscrits par le

 médecin du travail dans l’avenir et contribuer à une  forme de traçabilité. Encore faut-il qu’il ait la possibilité

 de connaître les produits manipulés au sein de l’entreprise : même pour lui, c’est parfois un parcours du

 combattant...

« Tout le monde est d’accord sur la nécessité d’un meilleur suivi médical, résume Paul Frimat. Mais toute la question est de savoir comment orienter les examens médicaux sans tomber dans le dépistage généralisé, et de savoir qui paiera, sachant que les services de médecine du travail ont déjà des difficultés sur certains secteurs, comme le Dunkerquois, à assumer leur charge F »

J.-P. BONDUEL

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