La promotion
de la santé des femmes

Introduction Générale:

L'étude présentée a été réalisée par des chercheurs canadiens .
Il nous est apparu intéressant de la faire figurer sur notre site , d'autant que la commission des communautés européennes dans sa communication du 11.03.2002 évoque ''une société plus féminisée''.
La participation accrue des femmes à l'emploi ( 83 % dans les services ) suscite des actions nouvelles , des recherches couvrant les aspects ergonomiques, la conception des postes de travail, les effets des expositions à des agents physiques, chimiques et biologiques, ainsi que la considération des différences physiologiques et psychologiques dans l'organisation du travail.

La promotion de la santé des femmes

par W.E. Thurston, PhD

M. O'Connor, PhD

SOMMAIRE :

- Introduction
- Historique
- Santé, promotion de la Santé et Prévention
- Initiatives canadiennes
- Principaux défis
- Conclusion
- Références
 

INTRODUCTION

1. Dans cette section, nous examinons la promotion de la santé et la santé des femmes d'un point de vue historique. Selon de nombreuses indications, au Canada on utilise habituellement un modèle axé sur les facteurs déterminants sociaux et la santé de la population pour chercher à comprendre la santé des femmes. On a toujours appliqué les principes de promotion de la santé lorsqu'il s'agissait d'élaborer des programmes touchant à la santé des femmes. Nous offrons donc une conceptualisation des principes de santé, promotion de la santé et prévention. Notre modèle part de la prémisse que la prévention (primaire, secondaire et tertiaire) demeure une partie essentielle de nos efforts afin de promouvoir la santé des femmes, mais que celle-ci doit être guidée par les principes de promotion de la santé.

HISTORIQUE

2. Une infrastructure communautaire s'est développée au Canada au fil des ans en ce qui a trait à la santé des femmes. Les initiatives en ce sens étaient financées en partie par Santé Canada et les Programmes pour les femmes du Secrétariat d'État, et par des subventions provinciales et municipales. Le mouvement est animé en grande partie par l'énergie et l'engagement de femmes d'un bout à l'autre du pays qui, bien souvent, oeuvrent pour leur collectivité pour rien ou presque rien. En 1981, par exemple, avant la Charte d'Ottawa (1986) et le Plan d'ensemble pour la promotion de la santé (Epp, 1986), le conseil de la condition féminine de St. John's et les instituts d'études des femmes de Terre-Neuve et du Labrador se sont associés et ont obtenu des fonds du Programme de contributions à la promotion de la santé, de Santé et Bien-être social Canada, en vue d'un projet sur la santé des femmes. Voici la conclusion que l'on tire dans le rapport définitif:

3. Le mouvement pour la santé des femmes existe en parallèle avec les autres composantes du mouvement féministe et en est souvent indifférenciable. Le modèle des déterminants sociaux fait que ce n'est pas inattendu. Dans plusieurs localités, les organismes qui ont créé des projets, des centres ou des coalitions pour la santé des femmes ont aussi mis sur pied des refuges pour femmes battues, des services de prévention des agressions sexuelles et de counseling, des services de contrôle des naissances, et ainsi de suite, ou ont fait des pressions en ce sens. Le réseau est vaste : en 1993, par exemple, 371 refuges pour femmes battues étaient répertoriés au Canada (MacDonald, 1993). Les préposés aux différents services de santé à l'intention des femmes se sont réunis en réseau de façons diverses, même dans les centres urbains plus importants, où les nombres et les distances sont plus considérables que dans les localités plus petites. Par exemple, à Calgary, l'organisme cadre Women Looking Forward chapeaute les divers groupes de femmes. À l'échelle nationale, c'est le Comité canadien d'action sur le statut de la femme (CCA) qui joue ce rôle. Dans le cadre de leur assemblée annuelle, des femmes d'un bout à l'autre du pays peuvent se rencontrer pour échanger de l'information, ainsi que pour établir les politiques du CCA et décider de l'orientation de ses efforts de lobbying et d'information. Le comité des politiques en matière de santé du CCA utilise depuis des années un modèle axé sur les déterminants sociaux.

4. Parmi les initiatives récentes d'action communautaire en matière de santé, mentionnons celles des femmes ayant survécu au cancer du sein et des groupes d'intervention. Voyant ce que les militants avaient pu obtenir dans la lutte contre le sida, les femmes ayant survécu au cancer du sein ont conjugué leurs efforts et ont formé des groupes d'information, de défense et d'intervention (Batt, 1994). Même si l'influence du militantisme anti-sida est plus récente et manifeste, l'influence de la théorie féministe et de l'infrastructure de soins de santé à l'intention des femmes se fait aussi sentir. De nombreuses survivantes s'inspirent de leur analyse féministe dans leur façon de réagir à leur cancer du sein (S. Batt, communication individuelle, 14 décembre 1995). Issu des efforts de sensibilisation de survivantes du cancer du sein et de l'appui moral de fonctionnaires de Santé Canada, le Forum national sur le cancer du sein offrait pour la première fois l'occasion à des chercheurs et des cliniciens de rencontrer des survivantes et de discuter avec elles. Depuis lors, d'autres groupes d'action sur le cancer du sein on vu le jour un peu partout au pays, dans les petites villes comme dans les grands centres. Ces groupes offrent de l'aide aux femmes visées, et font de l'information et de l'intervention au niveau communautaire.

SANTÉ, PROMOTION DE LA SANTÉ ET PRÉVENTION

5. Selon une perspective de déterminants sociaux, la santé est un phénomène multidimensionnel, un système dynamique formé de deux composantes: l'équilibre sur le plan de la santé et le potentiel de santé. Dans l'équilibre-santé, les aspects physiques, psychologiques, sociaux et spirituels de notre santé agissent les uns sur les autres de façon à créer un état de bien-être ou état de santé (Noack, 1987). Quand on nous demande Comparativement aux gens de votre âge, comment décririez-vous votre santé? , c'est notre équilibre-santé que nous évaluons. Notre équilibre-santé peut varier de faible à élevé selon les circonstances. Une composante aussi importante de notre santé est notre potentiel de santé. Ce sont les ressources qui nous permettent de maintenir ou de restaurer notre équilibre-santé. Ces ressources comprennent, entre autres, les prédispositions génétiques à la maladie ou au bien-être physique (par exemple, bonne forme, règles douloureuses), l'argent voulu pour acheter des aliments ou des services, ou les compétences acquises (par exemple, des habiletés d'adaptation, l'affirmation de soi). Cette conceptualisation de la santé nous éloigne d'une orientation individualiste du fait que de nombreux déterminants de la santé échappent au contrôle des intéressés. Il faut aussi évaluer le potentiel de santé au niveau communautaire (par exemple, l'accès aux soins de santé, les occasions d'emploi). Comme nous l'avons fait valoir dans la partie Généralités, le modèle des déterminants sociaux en matière de santé n'est pas nouveau pour les féministes et cadre avec leur théorie fondamentale. Le mouvement pour la santé des femmes au Canada a fait ressortir le rôle des groupes d'entraide dans l'analyse collective des facteurs sociaux, économiques et historiques associés aux problèmes de santé (McDonnell, 1985, cité dans Horne, 1995).

6. L'Organisation mondiale de la santé (1986, p. 246) et le gouvernement fédéral du Canada (Epp, 1986, p. 6) définissent la promotion de la santé comme suit : la promotion de la santé est le processus qui confère aux populations les moyens d'assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé, et d'améliorer celle Ce n'est pas synonyme de prévention, concept plutôt axé sur les problèmes, dysfonctionnements ou maladies, mais il n'y a pas encore de consensus sur les rapports entre les deux. Il y a trois niveaux de prévention. La prévention primaire met surtout l'accent sur la prévention de problèmes, avant qu'ils ne se produisent; la prévention secondaire mise sur le dépistage précoce de problèmes afin de freiner leur progression; enfin, la prévention tertiaire a pour but d'éviter l'apparition de complications, c'est ce qu'on appelle habituellement traitement (Last, 1987). Nous croyons que la promotion de la santé, telle que définie ci-dessus, se distingue de la prévention parce qu'elle met l'accent sur le potentiel de santé, sur l'amélioration des ressources sanitaires des gens. Les trois niveaux de prévention cherchent surtout à rétablir l'équilibre-santé. C'est pourquoi la promotion de la santé doit aussi intervenir et jouer un rôle de coordination des trois niveaux de prévention (Thurston et McGrath, 1995; Thurston et Bowhay, 1991). Les liens entre la promotion de la santé et la prévention seront fonction des objectifs de programmes, des activités et des résultats prévus; toutefois, on s'entend pour dire que ceux qui font de la promotion de la santé ou de la prévention doivent prendre un point de vue plus général et tenir compte des répercussions plus vastes qu'auront leurs activités de programme. On doit craindre les effets négatifs à long terme sur la santé d'efforts de prévention qui suppriment la maladie, mais en atténuant le potentiel de santé.

7. La promotion de la santé de la population repose sur divers principes:

8. On peut lire aussi dans la Charte d'Ottawa (1986) : L'intérêt pour autrui, l'approche holistique et l'écologie sont des éléments indispensables à la conceptualisation et à l'élaboration des stratégies de promotion de la santé. Ainsi donc, les auteurs de ces stratégies doivent adopter comme principe directeur le fait que, à tous les niveaux de la planification, de la mise en oeuvre et de l'évaluation de la promotion de la santé, hommes et femmes sont des associés égaux. Comme la promotion de la santé doit tenir compte des facteurs de justice et d'équité, en théorie et dans la pratique, les féministes, les adeptes de la santé et les militants de la promotion de la santé pourraient être des alliés naturels.

9. Bien que le Canada soit reconnu comme un chef de file mondial dans le domaine de la promotion de la santé (Kickbush, 1986), des critiques ont signalé les dangers inhérents de certaines de nos politiques en la matière. D'un certain point, ces politiques vont trop dans le sens des initiatives de compression des coûts et de privatisation de la santé. Comme on peut le voir dans La santé pour tous (Epp, 1986), le programme de santé publique du Canada est passé d'une promotion de la santé axée sur la modification de modes de vie et la prévention individuelle à une formule devant corriger les injustices au sein de l'appareil de santé et de bien-être social. En théorie, il s'agissait maintenant d'adopter une approche de réforme et d'action sociale, en mettant l'accent sur des environnements sains et des questions de pouvoir et de contrôle (Charte d'Ottawa 1986; Vertinsky, 1992). Toutefois, on ne tient pas toujours compte des préoccupations des femmes dans l'élaboration et la mise en oeuvre des politiques. On note tout de même d'importantes contributions à ce chapitre au Canada, notamment le financement de centres de recherche sur la violence faite aux femmes et, dernièrement, la promesse de centres de recherche sur la santé des femmes. Cependant, les politiques économiques de nos gouvernements font obstacle à un changement vraiment radical de la perception qu'on a du travail des femmes et de leur santé.

10. Si la politique du gouvernement est axée explicitement sur le développement communautaire -- sous forme d'initiatives personnelles en matière de santé, d'assistance mutuelle, d'encouragement du public à participer, ou de renforcement des services communautaires (pour reprendre la terminologie utilisée dans le plan d'ensemble pour la promotion de la santé du ministre Epp) --, alors il faut savoir quelles pourraient en être les répercussions sur le vécu des femmes et leur santé. Lorsque le développement communautaire signifie que l'on confère aux membres de la communauté les moyens d'exercer un plus grand contrôle et de participer vraiment à l'identification des enjeux et à l'établissement des programmes, alors là on peut dire que nous avons une démarche vraiment collectiviste et négociée. Une politique publique saine doit partir d'une vaste compréhension contextuelle du vécu des femmes et de leur santé. Cela sous-entend une compréhension de la violence faite aux femmes, du racisme, des structures de la pauvreté et des idéologies touchant l'intérêt pour autrui.