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Médecine du
travail : une discipline menacée ? |
" Une position idéale et unique pour évaluer la santé au travail "
La médecine du travail concerne quelque vingt millions de salariés, auxquels il faut ajouter la fonction publique, l'armée, les agriculteurs : c'est dire que son champ est vaste et que son influence, en termes de santé publique, peut être décisive…
Malheureusement, les crises sanitaires récentes ont révélé des insuffisances notoires dans le système, démontrant la nécessité d'une réforme. Ces insuffisances, reconnaissons-le, trouvent en partie leur source dans les origines de la discipline. La médecine du travail est issue de la médecine légale et ne s'en est affranchie qu'au tournant des années 1980. Or, les médecins légistes ont été formés au dépistage des facteurs de risque dans une logique de prédisposition à l'indemnisation du dommage. Et si l'on ne peut nier qu'ils ont largement contribué à l'identification des relations entre les causes des pathologies professionnelles et leurs effets, il serait plus difficile de prouver qu'ils ont été des méthodologistes de la prévention ! Cette faille a sans doute imprégné la médecine du travail.
Reste qu'il serait fort injuste de le reprocher aux médecins du travail car ce ne sont pas eux, mais les partenaires sociaux qui ont organisé, fixé le cadre de leur mission. Et le fait est que les actes répétitifs basés sur la visite médicale ne leur laissent guère le temps de faire de la prévention, de coordonner et de gérer des programmes de santé. Comment ne pas considérer qu'il y a là un certain gâchis ?
À l'université, nous formons des spécialistes selon des standards internationaux qui correspondent à un niveau de connaissances élevé. D'ailleurs, d'anciens étudiants, désabusés, viennent parfois nous voir et nous l'avouent : " Pour faire la médecine du travail telle que la loi et les règlements nous le demandent, nous n'avions vraiment pas besoin d'apprendre tout ça… "Une question cruciale : la confiance
Il ne fait donc pas de doute qu'il faut réformer le système. Mais pas n'importe comment. Et de ce point de vue, je suis pessimiste sur ce qui se prépare : le fait de séparer en deux groupes distincts l'organisation de la médecine du travail et celle concernant la pluridisciplinarité me semble extrêmement préoccupant. Certes, depuis quelques années, les exigences en matière de sécurité sanitaire ont beaucoup évolué, les méthodes d'investigation aussi. Aujourd'hui, même s'il a reçu, dans le cadre de sa spécialité, une formation pluridisciplinaire, un médecin du travail ne peut plus, à lui seul, résumer toutes les compétences. Il a besoin des compétences d'autres professionnels - ingénieurs de sécurité, hygiénistes, ergonomes, psychologues, etc. Mais je ne vois pas où est la logique dans le principe de division des compétences médicales d'un côté, pluridisciplinaires de l'autre. Cela me paraît dangereux… et probablement voué à l'échec. Comment, demain, pourrait-on demander aux médecins d'organiser leur travail s'ils n'ont pas de prise sur les professionnels choisis par d'autres ? Imaginez un orchestre sans chef d'orchestre, ou alors sans que celui-ci ait la possibilité de choisir les musiciens ! Ce serait absurde. Et surtout, ces professionnels non-médecins n'ont pas les obligations éthique et déontologique, ni l'indépendance qui protège les médecins du travail.
Dans ces conditions, quelle confiance pourra-t-on accorder aux avis qui seront émis ?
Le médecin du travail se situe à l'interface de l'homme et du travail. Son statut de médecin lui octroie le droit de " toucher le ventre " des salariés. Sa formation lui donne la possibilité de mesurer ce qu'est l'environnement de travail. C'est une position idéale et unique pour évaluer la santé au travail : ne la lui retirons pas…1. Des inspecteurs du travail, des ingénieurs de sécurité, des toxicologues, des épidémiologistes, des statisticiens, des professeurs de droit interviennent au cours de cet enseignement universitaire
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