Cour de Cassation
Chambre sociale Audience publique du 26 novembre 2002
N° de pourvoi : 00-19347
Publié au bulletin
Président : M. SARGOS
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Vu leur connexité, joint les pourvois n° E 00-19.347 et Z 00-19.480 ;
Attendu que M. X..., salarié de la société Everite, spécialisée dans
la fabrication de produits en amiante-ciment, de 1951 à 1987, a été
reconnu atteint d'asbestose professionnelle à compter du 25 septembre
1995 ; que, le 7 novembre 1996, il a saisi la caisse primaire
d'assurance maladie en vue de la reconnaissance de la faute inexcusable
de son employeur, puis, le 18 mars 1997, le tribunal des affaires de
sécurité sociale ; que l'arrêt attaqué (Bordeaux, 5 juillet 2000) a dit
que la maladie professionnelle de M. X... était due à la faute
inexcusable de son employeur, fixé la majoration de rente au maximum,
déclaré inopposable à la société Everite, en raison du caractère non
contradictoire de la procédure, la reconnaissance de la maladie
professionnelle par la caisse primaire d'assurance maladie, dit que
cette Caisse ne pourrait pas recouvrer contre la société les sommes
qu'elle devra verser en raison de la faute inexcusable de l'employeur,
ordonné une expertise médicale et débouté les compagnies d'assurance
susceptibles de garantir la société Everite, mises en cause à la demande
du Tribunal, de leur demande de mise hors de cause ;
Sur les deux moyens du pourvoi principal de la société Everite, n° Z
00-19.480, pris en leurs diverses branches, tels qu'ils figurent dans le
mémoire en demande et qu'ils sont reproduits en annexe :
Attendu qu'en vertu du contrat de travail le liant à son salarié,
l'employeur est tenu envers celui-ci d'une obligation de sécurité de
résultat, notamment en ce qui concerne les maladies professionnelles
contractées par ce salarié du fait des produits fabriqués ou utilisés
par l'entreprise ; que le manquement à cette obligation a le caractère
d'une faute inexcusable, au sens de l'article L.452-1 du Code de la
sécurité sociale, lorsque l'employeur avait ou aurait dû avoir
conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu'il n'a pas
pris les mesures nécessaires pour l'en préserver ;
Et attendu que les énonciations de l'arrêt caractérisent le fait,
d'une part, que la société avait conscience du danger lié à l'amiante,
d'autre part, qu'elle n'avait pas pris les mesures nécessaires pour en
préserver son salarié ; que la cour d'appel, qui n'encourt aucun des
griefs invoqués, a pu en déduire que la société Everite avait commis une
faute inexcusable ; que les moyens ne peuvent être accueillis en aucune
de leurs branches ;
Sur le moyen unique du pourvoi n° E 00-19.347 de la Caisse primaire
d'assurance maladie de la Gironde :
Attendu que la Caisse fait grief à la cour d'appel de l'avoir
déboutée de sa demande de condamnation de la société Everite à lui
rembourser les sommes dont elle est tenue de faire l'avance, alors,
selon le moyen :
1 / que le défaut de respect du contradictoire lors de la procédure
de reconnaissance du caractère professionnel d'une maladie n'exonère pas
l'employeur des conséquences financières du caractère inexcusable de la
faute à l'origine de cette maladie ; qu'en décidant que les
indemnisations complémentaires auxquelles peut prétendre la victime en
raison de la faute inexcusable de la société Everite, à l'origine de la
maladie professionnelle dont elle souffre, et spécialement les
réparations dont la Caisse fait l'avance à la victime par application de
l'article L.452-3 du Code de la sécurité sociale, ne peuvent être
transférées par la Caisse sur l'employeur, la cour d'appel a violé les
articles L.452-1 et suivants du Code de la sécurité sociale ;
2 / que la Caisse primaire faisait valoir en ses écritures d'appel
que la société Everitube de Bassens, désormais dénommée Everite, avait
cessé toute activité en 1987 dans cet établissement, sans en faire la
déclaration ; que la cour d'appel ne pouvait dès lors déclarer
inopposables à l'employeur la décision de prise en charge de l'affection
dont souffrait le salarié de cette société au titre de la législation
des maladies professionnelles par cela seul que la procédure se serait
déroulée en dehors d'elle, sans rechercher si elle n'était pas, par sa
carence, à l'origine de cette irrégularité, ce qui était de nature à
l'empêcher de s'en prévaloir ; qu'en cet état, la cour d'appel a privé
sa décision de base légale au regard des articles R.441-1, L.452-2 et
L.452-3 du Code de la sécurité sociale ;
Mais attendu que la cour d'appel a décidé à bon droit que, dès lors
que la décision de la caisse primaire d'assurance maladie d'admettre le
caractère professionnel de la maladie était inopposable à l'employeur,
la Caisse ne pouvait récupérer sur ce dernier, après reconnaissance de
sa faute inexcusable, les compléments de rente et les indemnités versés
par elle au salarié malade ou à ses ayants droit ;
Et attendu, comme le fait observer le mémoire en défense, qu'en sa
seconde branche, le moyen est nouveau ; que, mélangé de fait et de
droit, il est irrecevable ;
Sur les deux moyens réunis du pourvoi incident de la compagnie
Mutuelles du Mans assurances, en leurs diverses branches, et sur le
moyen unique du pourvoi provoqué de la compagnie Axa corporate
solutions, en ses deux branches, tels qu'ils figurent dans les mémoires
et qu'ils sont reproduits en annexe :
Attendu, d'abord, qu'aux termes de l'article R.142-19 du Code de la
sécurité sociale, la comparution des parties devant le tribunal des
affaires de sécurité sociale est provoquée par une convocation délivrée
par le secrétariat du Tribunal ; que le Tribunal, en ordonnant la mise
en cause des compagnies d'assurances susceptibles de garantir la société
Everite pour le cas où il serait établi que la maladie professionnelle
est due à sa faute inexcusable, n'a fait qu'user des pouvoirs qu'il
tient de l'article 332 du nouveau Code de procédure civile ;
Et attendu, ensuite, que l'intervention forcée ordonnée par le
Tribunal, qui ne tendait qu'à une déclaration de jugement commun, et non
à une décision sur les relations entre les parties et les intervenants
forcés, entrait dans la compétence des juridictions de sécurité sociale
;
D'où il suit que les moyens ne sont fondés en aucune de leurs
branches ;
PAR CES MOTIFS : REJETTE les pourvois ;
Laisse à chaque partie la charge de ses propres dépens ;
Vu l'article 700 du nouveau Code de procédure civile, rejette les
demandes respectives des compagnies Mutuelles du Mans assurances et Axa
corporate solutions ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre sociale, et
prononcé par le président en son audience publique du vingt-six novembre
deux mille deux.
Décision attaquée : cour d'appel de
Bordeaux (Chambre sociale, section B) 2000-07-05 Source :
Légifrance
|