Epidémie de grippe aviaire et risques en milieu professionnel

Suite aux informations transmises par les média sur le développement de l'épidémie de grippe aviaire qui sévit depuis la fin de l'année 2003 en Asie, des travailleurs d'abattoir de volailles, des personnes parties en mission dans ces régions et leurs collègues de travail à leurs retours ont interrogé l'INRS sur les risques auxquels ils pouvaient (ou pourraient) être confrontés.


 
En réponse à ces premières questions, une information rapide est disponible ci-dessous. Une information très complète est disponible sur le site de la Direction générale de la santé (DGS) avec en particulier la conduite à tenir si l’épidémie atteignait la France et sur le site de l’Institut de veille sanitaire (InVS). Pour ce qui concerne les importations, l’information est en ligne sur le site du ministère de l’Agriculture.

Les sites officiels de la DGS, de l’InVS et de l’OMS sont à consulter pour les mises à jour au quotidien, en particulier pour ce qui concerne d’éventuels déplacements professionnels en Asie.
 
Qu’est-ce que la grippe aviaire ?

Les virus influenza ou influenzavirus de type A sont la cause d’infections grippales saisonnières qui peuvent concerner l’homme (virus influenza humains), de très nombreuses espèces d’oiseaux (virus influenza aviaires) et plusieurs espèces de mammifères.
La grippe chez les oiseaux et volailles, ou grippe aviaire, est un phénomène connu de longue date. Les virus influenza circulent à l’état naturel et de façon le plus souvent inapparente au sein des populations d’oiseaux sauvages, en particulier les oiseaux aquatiques (canards sauvages, sternes…) qui constituent le réservoir naturel de ces virus.

A la fin de l’année 2003, une épizootie de grippe aviaire chez les poulets est apparue et touche maintenant plusieurs pays d’Asie et du Sud-Est asiatique : Vietnam, Thaïlande, Corée du Sud, Japon, Chine, Cambodge.

 



Quel est le virus en cause ?

Les virus influenza constituent une grande famille avec différents types de virus définis par la combinaison HxNy. Les lettres H et N désignent deux protéines particulières que l’on retrouve dans l’enveloppe de ces virus :
H pour la protéine « hémaglutinine » dont on connaît 15 espèces notées H1 à H15,
N pour la protéine « neuraminidase » dont on connaît 9 espèces notées N1 à N9.

L’épidémie qui a touché les Pays-Bas au printemps 2003 était due à un virus influenza de type H7N7.

L’épidémie actuelle est due à un virus H5N1 « hautement pathogène » pour les volailles. La présence de ce virus influenza aviaire de type H5N1 a également été constatée chez des porcs. Déjà en 1997, lors de l’épidémie sur le territoire de Hong Kong, ce virus H5N1 s’est révélé capable de passer du poulet à l’homme. Pour l’épidémie en cours, on compte plusieurs dizaines de malades (14 cas confirmés au 2 février 2004) dont une dizaine de morts. Dans cette nouvelle épidémie, la transmission inter-humaine reste discutée (à cette même date).

 



Qu’est-ce qu’un virus aviaire hautement pathogène ?

Parmi les différents types de virus influenza, les types H5 et H7 peuvent se révéler « hautement pathogènes » chez les oiseaux, c’est-à-dire avoir un fort potentiel de contagiosité et entraîner des formes sévères susceptibles d’entraîner une mortalité proche de 100 %, en particulier dans les élevages concernés du fait de la concentration des volailles dans un espace restreint. C’est pourquoi on parle parfois de « peste aviaire ». Les poulets et les dindes sont les espèces les plus sensibles. Lorsque la souche de virus aviaire est hautement pathogène, il y a un plus grand risque de transmission à l’homme. Ce risque reste exceptionnel. Mais 3 épisodes de transmission d’un virus aviaire hautement pathogène ont déjà été décrits ces dernières années :

 

Date

Lieu

Type
Nombre
de cas humains*
Transmission interhumaine rapportée*
1997
Février 2003
Printemps 2003
Hong-Kong
Hong-Kong
Pays-Bas
H5N1
H5N1
H7N7
18 cas dont 6 morts
2 cas dont 1 mort
89 cas dont 1 mort
+
-
+
* données OMS

Les doses infectieuses pour l’homme ne sont pas établies mais l’exposition prolongée et rapprochée à des oiseaux ou volailles est mise en avant comme le principal facteur de risque, risque majoré en cas de confinement dans un espace restreint.

 



Quelle est la durée d’incubation de la grippe aviaire ?

La grippe aviaire a une durée d’incubation très courte, de l’ordre de quelques heures.

 



Quel est le mode de transmission ?

La transmission à l’homme d’un virus aviaire hautement pathogène peut avoir lieu lors de contacts fréquents et/ou intensifs avec des oiseaux infectés. Elle se fait par voie respiratoire par le biais de fines poussières contaminées par des secrétions respiratoires ou les fientes, par contact des muqueuses oculaires avec ces fines poussières ou par contact œil-main contaminée après avoir manipulé ou touché des matières ou des matériaux salis par des fientes de volailles malades.


 



Comment peut-on se protéger de la grippe aviaire ?

La première mesure de lutte consiste à supprimer tous les réservoirs aviaires susceptibles de contribuer à la propagation de l’épidémie, ce qui explique les destructions massives de poules et poulets qui sont effectuées dans les zones touchées. En France, le premier élevage industriel touché serait donc dépeuplé et un vide sanitaire serait organisé. Il en serait de même pour les autres élevages de volailles dans un rayon fixé par les autorités vétérinaires.

L’épidémie de grippe aviaire qui a touché les Pays-Bas au printemps 2003 a débordé sur les frontières allemande et belge. Un groupe de travail piloté par la Direction générale de la santé (DGS) a produit des recommandations à suivre en cas de grippe aviaire suspectée ou avérée. L’INRS a été associé à la rédaction de ces recommandations, en particulier pour ce qui concerne la protection des personnes amenées à participer à la lutte contre l’extension de l’épidémie de grippe aviaire.

Ces recommandations sont disponibles en ligne sur le site de la DGS www.sante.gouv.fr à partir de la page d’accueil ou dans les dossiers classés par ordre alphabétique à la lettre G : Conduite à tenir devant un cas d’influenza aviaire à risque établi de transmission humaine (version du 7 juillet 2003).

 



Quelles personnes peuvent être exposées en situation professionnelle ?

Si l’épidémie actuelle se propageait à l’Europe, à la France métropolitaine ou aux départements et territoires d’outre-mer, notamment à l’occasion de grands déplacements migratoires d’oiseaux sauvages ou suite à des importations clandestines de volailles vivantes ou d’oiseaux d’ornement, le risque de contamination concernerait d’abord les personnes qui ont une activité professionnelle en contact étroit avec des oiseaux infectés ou leurs secrétions respiratoires ou digestives, par exemple :
les éleveurs et leur famille, et plus généralement toute personne intervenant dans un élevage de volaille (vétérinaires et techniciens…),
les équipes qui auraient à effectuer le dépeuplement d’un élevage contaminé (ramassage des volailles malades mortes, des volailles malades vivantes, euthanasie et ramassage des volailles euthanasiées) ainsi que les équipes de nettoyage et de désinfection intervenant après le dépeuplement,
les équipes qui effectueraient l’enlèvement, le transport et la destruction des cadavres de volailles,
les personnels de laboratoire de diagnostic et de recherche vétérinaire (autopsies, prélèvements, recherche sur les souches virales…),
et, si la transmission interhumaine était confirmée, les soignants prenant en charge les personnes contaminées.

Pour les entreprises de transport et d’abattage de volailles, il faut savoir qu’en cas de grippe aviaire à virus hautement pathogène survenant dans un élevage industriel, où les volailles sont concentrées, il est fréquent que la presque totalité des volailles soient mortes quelques heures seulement après le début des premiers signes chez les premières volailles malades. Ceci réduit donc les risques de voir arriver dans un abattoir de volailles des poulets, dindes… porteurs d’un virus hautement pathogène.

Pour les oiseaux d’ornement, compte tenu des restrictions à l’importation récemment prises, il ne devrait pas entrer en France d’oiseaux suspects sauf à envisager des importations clandestines et n’ayant pas observé la mise en quarantaine réglementaire.

 



Grippe aviaire, grippe humaine : quel rapport ?

Les virus influenza ont la particularité d’avoir un génome fragmenté, ce qui leur offre la possibilité de mutations rapides tant chez les virus aviaires que chez les virus humains. C’est pourquoi, chaque automne, le vaccin humain contre la grippe doit être adapté aux souches virales en circulation.

Parfois une épidémie de grippe humaine se montre particulièrement virulente et prend une ampleur mondiale. On parle alors de pandémie grippale. Ainsi, le XXe siècle a connu 3 grandes pandémies de grippe :
en 1918-1920, celle dite de la « grippe espagnole », dont on estime qu’elle a causé entre 20 et 40 millions de morts,
en 1957, celle dite de la « grippe asiatique »,
en 1968, celle dite de la « grippe de Hong-Kong ».

Depuis plusieurs années, l’OMS craint la réapparition d’une nouvelle pandémie grippale liée à l’apparition chez l’homme d’un nouveau type de virus influenza. Un des scénarios possibles met en cause chez l’homme une infection simultanée par un virus aviaire et un virus humain, ou cette même combinaison chez des porcs (qui sont connus pour être réceptifs aux deux types de virus). Un échange de matériel génétique entre les deux types de virus pourrait conduire ainsi in-vivo à un nouveau type de virus d’origine aviaire mais mieux « adapté » à l’homme et capable de diffuser facilement par contamination interhumaine. N’ayant jamais rencontré un tel virus auparavant, les populations n’auraient aucune immunité préalable, ce qui pourrait conduire au développement d’une grande épidémie à l’échelle d’un pays, d’un continent ou même de la planète.

 



Quelles sont les recommandations si un séjour professionnel est envisagé dans une zone affectée par la grippe aviaire ?

Au 31 janvier 2004, les voyages à destination des pays touchés par l’épidémie ne sont pas déconseillés mais le Conseil supérieur d’hygiène publique en France recommande d’éviter tout contact avec les volailles et les porcs. Il est donc prudent d’éviter la visite d’élevages de volailles, d’oiseaux d’ornement ou de porcs, et d’éviter la visite de volières ou de certains magasins ou marchés spécialisés dans le commerce de ces mêmes animaux.

Manger de la viande de poulet ou de porc bien cuite ne présente pas de risque. D’une façon générale, les virus sont sensibles à la chaleur. La grippe aviaire n’est pas une maladie à transmission digestive (se reporter au document Afssa sur les risques liés à la consommation de viande de volaille infectée).

Il est rappelé que les mains transportent volontiers toutes sortes d’agents biologiques près des narines, de la bouche ou des yeux. Comme pour toute situation d’épidémie, il est très important de se laver les mains soigneusement chaque fois que nécessaire et en particulier avant de fumer, boire ou manger.



Conduite à tenir en milieu de travail vis-à-vis d’une personne de retour d’une zone où sévit la grippe aviaire ?

Il n’est pas prévu de dispositions particulières pour le retour de ces voyageurs : pas d’examens de laboratoire, pas de radiographie, pas de mise en quarantaine.

Cependant, si une personne, de retour d’un de ces pays, présentait un syndrome grippal (fièvre élevée, maux de tête, courbatures…) après avoir été en contact étroit avec des volailles, des oiseaux d’ornement… dans les 48 heures qui ont précédé, il lui est conseillé de prendre un avis médical en attirant l’attention sur cette situation particulière.