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Incident du 3 décembre
2001 |
par le Docteur Françoise Anselme du Service de Médecine du Travail du BTP Rouen-Dieppe
Il s’agit d’une station d’épuration construite en 2000, agrandie par une nouvelle tranche depuis septembre 2001, dont le maître d’ouvrage est la Communauté d’Agglomération d’Elbeuf. Ces nouveaux travaux se font à côté de la station actuellement en service.
Le lundi 03 décembre 2001, dans le bassin en construction, vingt-quatre salariés (18 de l’entreprise Léon GROSSE, dont 8 intérimaires, et 6 de CIA POSE) se sont plaints, dès la reprise du travail, vers 6 heures du matin, de malaises diffus. Le temps était humide, avec un brouillard dense et peu de vent. Il existait une odeur nauséabonde importante.
Devant les signes présentés, vers 9 heures, les pompiers et le SAMU appelés par le chef de chantier décidèrent d’hospitaliser les 24 salariés au CHG des Feugrais (St-Aubin-Les-Elbeuf).
La prise en charge aux urgences durant quelques heures s’orienta vers une intoxication d’origine indéterminée. Des prélèvements ont donc été effectués.
Un arrêt de travail de 5 jours (en accident de travail) a été prescrit à tous les compagnons examinés. Il sera pour la plupart prolongé d’1 semaine en attendant les résultats des prélèvements extérieurs.
Le Docteur Françoise ANSELME, Médecin du Travail de l’entreprise Léon GROSSE, immédiatement avertie de l’incident par le coordonnateur sécurité du CISSCT Monsieur LEGLAND (Bureau Veritas), s’est rendue sur les lieux dès le lendemain, accompagnée par les ingénieurs du bureau Veritas. Cette collaboration a conduit à des prélèvements d’eau et de terre. L’analyse de l’air n’a pu être réalisée ici à cause de contraintes importantes selon l’avis d’experts.
Entre le 14 et le 18 décembre 2001, les 10 compagnons de l’entreprise Léon Grosse ont été vus par le Dr Anselme, leur examen ne contre-indiquant pas la reprise du travail. Ils ont bénéficié à nouveau d’un contrôle médical le 25/01/2002. Un seul salarié nécessitera au final des examens plus approfondis, en raison d’anomalies retrouvées aux différents contrôles biologiques, sans que cela soit formellement imputable à la situation décrite, selon l’avis d’experts.
Il convient de noter qu’un fait similaire, sur les mêmes lieux, est survenu en octobre 2000 lors de la construction de la première phase de la station d’épuration actuellement agrandie. Il n’y avait pas eu à l’époque d’hospitalisation, et le médecin de l’entreprise L. Grosse, le Dr Poirier, avait pu examiner les salariés. Aucune hypothèse étiologique n’avait été formellement retenue.
De nombreuses hypothèses étiologiques ont été émises, pour la plupart de façon systématique, dès le 4 décembre 2001 par les différents intervenants (notamment ingénieurs du bureau Veritas et médecin du travail).
Les causes essentiellement évoquées étaient : H2S , CO ; CO2; cyanure ; émanation d’autres toxiques ; produits utilisés par d’autres entreprises du secteur ; risque microbiologique ; autres (syndrome d’intolérance aux odeurs organiques, infections virales…).
Les analyses n’ont pas été probantes.
L’avis d’experts a été sollicité par le médecin du travail de l’entreprise Léon GROSSE dès le mois de décembre 2001 (expert en Toxicologie du CHU de Lille, ingénieurs chimistes), donnant lieu à de nombreux échanges téléphoniques et écrits. Il faut noter que les ingénieurs chimistes de la CRAM ne pouvaient pas se prononcer sur le phénomène (sachant qu’ils l’avaient déjà analysé l’an dernier sans trouver de réponse).
Le chantier a été arrêté par décision du CISSCT exceptionnel du 10 décembre 2001, en attendant les résultats des prélèvements de sol et d’eau.
A l’issue du 2e CISSCT du 15 décembre 2001, la reprise du travail a été décidée pour le 20/12/2001, après mise en place en fond de fouille de 3 ventilateurs, de 3 pompes, et d’un détecteur fixe de H2S. Ce détecteur ne s’est pas déclenché, les mesures prises semblent être efficaces, puisque aucun incident n’a été relevé depuis.
A l’issue du CISSCT du 16/01/2002, devant un risque non identifié, il a été décidé de maintenir l’information de l’incident aux nouveaux arrivants, avec possibilité d’exercer le droit de retrait en cas de danger (c’est-à-dire devant toute manifestation clinique suspecte similaire ou non à celle de décembre dernier). Le chantier devait cesser dans les 2 à 3 semaines suivant la réunion pour les entreprises intervenant initialement.
Un rapport a été établi et présenté par le médecin du travail au dernier CISSCT du 27 mars 2002, concluant que les symptômes notés sont compatibles et probablement dus à une pollution aérienne dont l’origine reste à ce jour indéterminée et non prouvée.
En cas de récidive d’incident, et d’après l’avis des experts concertés cités plus haut, de nouveaux prélèvements devront être réalisés, comportant cette fois des échantillons de terre et d’eau mais aussi d’atmosphère, ceci nécessitant une réactivité immédiate de la part des préleveurs.
Les mesures prises de brassage d’air et de pompage de l’eau devraient être proposées systématiquement lors de travaux de ce type, puisque le risque n’a pas été identifié et donc ne peut bénéficier de précautions spécifiques. Il convient par ailleurs de séparer au mieux les zones de travail des installations d’épuration en exploitation, d’informer les salariés sur les risques et mesures d’hygiène (et en particulier de leur droit de retrait si danger), et d’organiser un suivi médical de ceux qui ont été victimes de troubles, en particulier par le médecin du travail de l’entreprise, en collaboration avec les différents médecins et partenaires de la prévention.