Intervention de Monsieur Gérard LARCHER,
Ministre délégué aux relations du travail, devant le Conseil supérieur de
la prévention
des risques professionnels
Mesdames et Messieurs,
En dépit d’une très récente nomination, j’ai décidé de maintenir cette
réunion du conseil supérieur de la prévention des risques professionnels
à la date initialement prévue. Il me semble, en effet, important que
nous puissions échanger, sans perdre de temps, sur l’ensemble des sujets
relatifs à la Santé/Sécurité des travailleurs.
1)Vous avez déjà eu connaissance de la stratégie annuelle en matière de
santé/sécurité lors de la réunion de la dernière commission permanente,
sous la présidence de Raphaël Hadas-Lebel, Président de la section
sociale du Conseil d’Etat dont je salue ici la présence.
Je rappelle que le document portant sur les actions à mener en 2004, qui
vous a été distribué à cette occasion, s’inscrit dans le cadre de la
stratégie pluriannuelle arrêtée l’an passé en séance plénière du conseil
supérieur. Celle-ci est, elle-même, la transposition du programme
d’action santé et sécurité au travail 2004-2006 adopté par l’Union
européenne.
Les priorités de ce document portent sur la connaissance des risques
professionnels, sur les textes réglementaires en cours qu’ils soient
communautaires ou nationaux (et notamment le projet de règlement Reach
sur les produits chimiques) et sur les moyens de développer une
véritable culture de la prévention.
Nous nous appuyons sur le bilan des conditions de travail de l’année
2003 qui montre qu’il ne faut aucunement baisser la garde en la matière
puisque la baisse sensible des accidents mortels ne doit pas faire
oublier l’augmentation anormale de 10 % des accidents graves.
Quant aux maladies professionnelles, si l’interprétation des chiffres
est beaucoup plus difficile, ceux-ci demeurent très préoccupants tant
pour ce qui concerne les cancers professionnels que pour les troubles
musculo-squelettiques. Faut-il le rappeler, ceux-ci demeurent la
première cause de maladie professionnelle.
Nous avons pris note des observations qu’ont appelé de votre part tant
le bilan de l’année 2003 que le programme d’actions de 2004. Je reste à
votre écoute sur les points qui vous paraîtraient appeler des
observations au cours de cette séance plénière.
2)J’ajoute que la raison principale du maintien de la réunion n’est pas
le respect d’un calendrier formel. C’est le fond même du dossier de la
santé et de la sécurité au travail qui appelle, je crois, une démarche
de réformes.
Les enjeux relèvent, en effet, de l’évidence. Notre société a des
exigences croissantes et légitimes en matière de sécurité et de santé
publiques. Il serait vain et dangereux de croire que ces exigences
s’arrêtent aux portes de l’entreprise. Il faut ici réaffirmer que le
premier droit du salarié est celui à la santé.
Le juge rappelle, d’ailleurs de plus en plus régulièrement, que tant
l’employeur que l’Etat ont des responsabilités particulières en matière
de Santé/Sécurité.
Il faudra, comme l’avait, à cet égard, indiqué publiquement François
FILLON, tirer toutes les conséquences des arrêts qui viennent d’être
rendus par l’assemblée du Conseil d’Etat dans le contentieux de
l’amiante, en termes de veille sanitaire et de contrôle.
L’Etat assumera donc sa part de responsabilité.
Mais l’Etat n’est pas seul en cause.
L’intérêt des salariés et des entreprises est évidemment commun tant le
coût de l’insécurité est élevé et porte atteinte à la compétitivité des
entreprises.
La santé au travail ne se borne pas à une logique de santé publique.
Elle implique certes l’Etat mais aussi les partenaires sociaux et les
entreprises.
Tel est bien d’ailleurs le sens de l’accord santé-travail de l’automne
2001. Pour l’avenir, et dans le même esprit, les négociations
interprofessionnelles qui s’annoncent sur la pénibilité revêtent, à cet
égard, une particulière importance.
3)Beaucoup de chemin a été parcouru et il n’est bien évidemment pas
question d’ignorer les avancées substantielles qui ont été faites ces
dernières années.
Je ne ferai pas ici le catalogue des mesures déjà prises. Je me
contenterai d’en donner les grands axes qui s’organisent tous autour de
la recherche d’un standard élevé de protection prenant en compte tant
les prescriptions communautaires que les dernières connaissances
scientifiques. Les décrets récents sur la protection des salariés contre
les rayonnements ionisants ou contre les risques chimiques témoignent de
ce souci.
- Premier axe de ces avancées : la volonté de donner toute leur place
aux partenaires sociaux et de respecter l’accord interprofessionnel
santé-travail de 2001. L’Etat a transposé, pour ce qui le concernait,
les termes de cet accord. Et nous suivons avec une particulière
attention sa mise en œuvre, notamment pour ce qui concerne les
observatoires institués au niveau régional.
Les textes sur les risques technologiques ou sur la formation des
salariés en matière de risque amiante, de même que le projet de décret
portant réforme de la médecine du travail, qui prévoient de larges
renvois à la négociation de branche ou d’entreprise, consacrent cette
évolution en faveur d’une place plus grande donnée aux partenaires
sociaux, mais non exclusive du rôle et des responsabilités de l’Etat. Au
contraire !
- Deuxième axe : la place essentielle de l’entreprise : c’est dans
l’entreprise voire dans l’atelier ou le bureau que se jouent
concrètement les questions de santé au travail. C’est la raison pour
laquelle l’entreprise a l’obligation de transcrire dans un document
unique l’évaluation des risques encourus par ces salariés. Cette
obligation, dont l’origine est communautaire, n’a de sens que si elle
s’inscrit dans une véritable démarche de prévention.
Dans les relations entre l’entreprise et l’Etat, il appartient à ce
dernier d’assurer le contrôle des réglementations applicables mais aussi
de donner des moyens d’appui.
Le contrat de progrès qui a été signé au début de l’année entre l’Etat
et l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail
(ANACT) et qui a fait l’objet d’un vote unanime de l’ensemble des
partenaires sociaux, montre que des priorités comme la gestion des âges
ou l’évaluation des risques impliquent l’ensemble des acteurs.
- Troisième orientation : le décloisonnement de l’Etat et de ses
administrations et l’ouverture de la santé au travail à des
problématiques environnementales et de santé publique.
Ceci résulte des plans d’actions impliquant l’ensemble des
administrations concernées et notamment la santé, l’environnement et le
travail ainsi que les agences et organismes experts. Le plan national
santé-environnement, dont le rapport contenant le constat initial a été
présenté au conseil supérieur, le plan cancer et le plan sur la sécurité
routière, tous initiés par le Président de la République, témoignent de
la nécessaire cohérence des différentes actions à mener.
- Quatrième orientation : la fixation d’objectifs chiffrés
compréhensibles par tous. A l’instar de ce que font nos voisins
européens, il faut donner davantage de lisibilité aux objectifs et aux
moyens mis en œuvre pour les atteindre.
Ce n’est que sur cette base simple que l’on parviendra à mobiliser
l’ensemble des acteurs. C’est précisément ce que fait le projet de loi
sur la santé publique en cours de discussion au Parlement.
Cette logique sera aussi celle de la réforme budgétaire en cours. Un
programme incluant la santé et la sécurité au travail sera spécialement
dédié aux relations du travail.
- enfin dernier axe : une réforme réaliste des instances en charge de la
santé au travail. Je pense notamment à la médecine du travail, et à la
mise en œuvre de la « pluridisciplinarité » qui vise à une approche
large des questions de santé et de sécurité, sous l’autorité du médecin
du travail.
4) La question qui nous est aujourd’hui posée est de savoir comment
poursuivre et développer ces réformes.
A ce stade, qu’il me soit permis de jouer le rôle de Candide sur
quelques questions qui me paraissent essentielles pour le devenir de
notre système de Santé/Sécurité :
- la première touche la connaissance des risques professionnels :
disposons-nous des meilleurs outils et de la meilleure organisation en
matière toxicologique et épidémiologique pour connaître et évaluer les
risques professionnels ?
L’état des lieux qui vient d’être remis au Premier ministre dans le
cadre du Plan national santé-environnement pointe un immense besoin de
connaissances qui n’est certes pas propre au milieu professionnel mais
qui le concerne au premier chef, notamment dans le domaine des risques
chimiques. Nous attendons les conclusions de la mission d’évaluation des
agences existantes compétentes en matière de risques sanitaires conduite
par les inspections générales.
- La seconde question concerne le pilotage des politiques de prévention
: qui définit et qui est responsable de la prévention des risques
professionnels ?
L’IGAS a posé cette question dans un rapport récent tant sont nombreux
les centres de décisions et différentes les approches. Se pose ainsi la
question de l’organisation et de la composition de ce conseil et de son
articulation avec d’autres instances compétentes en matière sanitaire.
- la troisième question est celle des outils de mise en œuvre des
politiques : avons-nous les moyens concrets d’appliquer ces politiques
une fois qu’elles ont été définies ?
- Enfin, une dernière question : l’articulation entre le niveau
communautaire et la coopération avec d’autres pays.
Utilise-t-on suffisamment les connaissances et informations disponibles
dans d’autres pays qui, à l’évidence, sont confrontés à des
problématiques identiques. Par ailleurs, l’articulation avec les
programmes et agences communautaires est-elle suffisante ?
C’est en réponse à ces différentes questions qu’un plan de santé au
travail pourrait être établi. C’est dans ce cadre que nous pourrons nous
donner les moyens de consolider une culture de prévention dans les
entreprises. Nous pourrons définir les moyens nécessaires à une veille
sanitaire efficace par la prise en compte de la problématique
Santé/Sécurité au travail au sein d’une agence spécialisée. Nous
pourrons enfin mobiliser l’inspection du travail sur des actions
d’anticipation et de prévention des risques.
Ce plan suppose une concertation étroite avec vous et je vous propose de
nous fixer comme objectif de vous le soumettre à une séance
exceptionnelle de votre conseil supérieur, à l’automne prochain.
Ainsi l’objet de la réunion d’aujourd’hui n’est pas de vous proposer une
réforme clés en main mais de lancer une démarche qui s’étendra sur
plusieurs mois.
Régulièrement l’avancement des travaux vous sera présenté par le DRT
dans le cadre d’un groupe ad hoc dont la composition sera proche de
celui de la commission permanente.
Tels sont les objectifs et la méthode que nous vous proposons avec
Jean-Louis BORLOO et sur lesquels je souhaite à l’occasion de la
présente réunion recueillir vos observations et propositions.
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