- Conseil supérieur de la prévention des risques

professionnels -

 

 

séance plénière du 31 mars 2003

 sous la Présidence de Monsieur François Fillon

 

 

 INTERVENTION

DE

MONSIEUR BERNARD CARON,

AU NOM DU MEDEF ET DE LA CGPME

 

Monsieur le Ministre,
 

Je m’exprimerai au nom du MEDEF et de la CGPME pour vous faire part des attentes des entreprises dans le domaine de la protection de la santé au travail et la prévention des risques professionnels.

Je m’attacherai, dans ce cadre, à vous communiquer leurs réactions et positions au regard du bilan 2002 sur les conditions de travail ainsi que sur la note d’orientation élaborés par vos services. Au-delà des observations statistiques préliminaires qui attestent une amélioration certaine de l’évolution des accidents du travail, je vous ferai part de nos observations sur les axes d’amélioration qui sont envisagés par la Direction des relations du travail pour mettre en place des outils de connaissance des risques. Je me permettrai de vous rappeler notre engagement dans le dialogue social et l’importance que nous lui accordons pour donner à la négociation collective un rôle prioritaire sur les sujets qui nous rassemblent aujourd’hui, avant d’appeler votre attention sur les dossiers d’actualité qui préoccupent les entreprises.

 

PREMIERE PARTIE : OBSERVATIONS STATISTIQUES / EVOLUTION DES ACCIDENTS DU

 TRAVAIL ET DES MALADIES PROFESSIONNELLES . RECUEIL DES DONNEES


    1 . L' AMELIORATION DE LA SITUATION
 

    •  La situation des accidents du travail

Le bilan des conditions de travail 2002, publié par vos services, montre une nette amélioration pour l’année 2001 (statistiques CNAMTS):

Le taux de fréquence a atteint le niveau le plus bas jamais enregistré: il est passé de 44,1% en 2000 à 42,8 en 2001, soit une baisse de 3%, alors que dans le même temps, le nombre de salariés a augmenté de 2%.

Le nombre d’accidents du travail avec arrêt diminue pour la première fois depuis 1997 (- 1% en 2001 par rapport à 2000).  

L’amélioration des chiffres concernant les accidents graves est encore plus marquée: ces derniers ont diminué de près de 30% entre 1995 et 2001, et de 10% sur la seule année 2001.

Enfin, seul le nombre de décès survenus à la suite d’un accident du travail n’a pas varié entre 2000 et 2001, mais comme le soulignent vos services, ces derniers auraient diminué si l’on n’avait eu à déplorer la trentaine de décès survenus lors de la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse, en septembre 2001.

Cette évolution positive concrétise les efforts de prévention réalisés par les entreprises et les salariés ces dernières années, et ne peut qu’encourager les entreprises à poursuivre et amplifier leurs efforts en ce sens. Il serait utile que l’on dispose d’informations aussi complètes pour les salariés de la Fonction publique, comme pour l’ensemble des professions, et notamment pour les salariés les plus exposés aux risques physiques et psychosociaux (agents de la police nationale, de l’équipement, de l’administration pénitentiaire, et de l’enseignement, qui ne sont pas pris en compte dans les statistiques actuelles).

•  Les maladies professionnelles

Le nombre de maladies professionnelles constatées, déclarées et reconnues a poursuivi l’évolution à la hausse de ces dernières années (+24% entre 1999 et 2000). Toutefois, cette évolution ne signifie pas que la situation des salariés au travail se dégrade. Au contraire, comme le souligne le bilan 2002 des conditions de travail : « ces statistiques traduisent une meilleure reconnaissance juridique des droits des travailleurs et une plus grande sensibilisation du corps médical àl’origine potentiellement professionnelle de certaines maladies ».

Ces chiffres appellent des commentaires sur le recensement des maladies professionnelles en France, et sur les prétendues « sous déclaration » dont souffrirait notre système. Eurogip* vient de publier un nouveau rapport qui montre que la France est, avec la Suisse, le pays européen où les maladies professionnelles sont les mjeux reconnues et qu’elle fait partie des quelques pays qui ont pris des mesures spécifiques pour favoriser la déclaration des maladies professionnelles (sensibilisation du corps médical, coordination des acteurs concernés...), ce que nous approuvons. Il apporte des indications chiffrées et comparées sur notre système de réparation des maladies professionnelles, qui devra sans doute être révisé à l’avenir pour tenir compte des attentes de la société, mais qui demeure largement favorable aux victimes, si on le compare à ceux des autres pays européens.

   *  *Groupement de l’Institution de la Sécurité sociale pour l’Europe


2. LA RECHERCHE D'UNE MEILLEURE CONNAISSANCE DES RISQUES

Le document préparé par vos services intitulé « orientations stratégiques pour les années 2003-2006» met l’accent sur l’importance de définir des outils de connaissance des risques, notamment articulant les données dont on dispose sur la santé au travail avec ceux qui sont utilisés en santé publique.

Les employeurs ne peuvent que partager le souci de rechercher les outils les plus performants permettant de disposer d’informations fiables et actualisées, et d’améliorer l’expertise pour mieux appréhender la connaissance des maladies professionnelles et des accidents du travail.

Néanmoins, les axes envisagés dans le document précité appellent de notre part les observations suivantes:

•   La mise en place d’un système d’information sur toutes les maladies d’origine professionnelle est une notion qui doit être précisée avant de proposer un dispositif de recueil d’informations plus pertinent. En effet, on ne peut prendre comme postulat de départ le déficit de reconnaissance des maladies professionnelles, sans que l’on ait préalablement analysé et étudié quelles étaient les maladies d’origine professionnelle pouvant être prises en charge au titre du régime de réparation des maladies professionnelles.

•   De plus, il nous paraît essentiel de tenir compte de la modification adoptée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2002 abaissant à 25% le taux d’incapacité permanente pour que le caractère professionnel d’une maladie «hors tableau» puisse être reconnu. Ce changement aura nécessairement des répercussions essentielles sur la cartographie des maladies professionnelles qui doivent être mesurées avant de proposer toute autre modification sur l’évolution du système d’information des maladies professionnelles.

•   S’agissant des acteurs intervenant pour développer et améliorer la surveillance de la santé au travail, on ne peut envisager qu’un recensement exhaustif des maladies professionnelles soit réalisé avec la seule collaboration des médecins du travail, sans aucune autre validation ou vérification, alors que les services de santé au travail ne disposent pas toujours de l’ensemble des éléments permettant d’apprécier et d’évaluer les risques, cette évaluation étant nécessairement multi­disciplinaire. Nous avons déjà eu l’occasion de développer ce point de vue lors du lancement des enquêtes SUMER. En effet, ces enquêtes n’associent pas les entreprises dans la collecte et la validation des informations recueillies, alors que celles-ci endossent la responsabilité juridique de leurs résultats. Elles n’apportent donc qu’une vision partielle et subjective de la situation existante.

•   Nous adhérons à l’idée de mieux sensibiliser l’ensemble du corps médical à l’origine potentiellement professionnelle de certaines pathologies. Les organismes de sécurité sociale (CRAM, CTR, CTN...) ont nécessairement un rôle à jouer en ce sens. Ces derniers sont les mieux à même de recenser les déclarations de maladies professionnelles ou à caractère professionnel - en distinguant ces deux notions - les vérifier et les valider, afin d’établir les statistiques les plus précises possible et pouvoir évaluer les risques dans les différentes branches. Ce travail pourra être mené avec la coopération étroite de l’inspection médicale du travail, et les Observatoires de santé au travail gérés par les partenaires sociaux (ORST).

•   Les orientations 2003 qui nous ont été soumises proposent de confier à l’Institut de veille sanitaire (InVS) le soin “d’organiser une expertise scientifique capable de mieux quantifier les risques liés à une exposition”. Sur ce point nous tenons à rappeler que ce n’est pas par une expertise scientifique que l’on peut quantifier les expositions, mais par l’évaluation de celles-ci sur le terrain (doses retenues, port des équipements de protection...). De plus, il nous semble que l’InVS ne peut à lui seul quantifier l’ensemble des risques de l’industrie française: il doit en priorité assurer une mission de veille scientifique sur des points clés limités en nombre (pour des raisons pratiques) et fixés en commun entre les scientifiques, les industriels, les partenaires sociaux et l’administration, et focaliser prioritairement son action sur des études épidémiologiques ~ toxicologiques judicieusement choisies.

Enfin, les modalités de partenariat entre l’InVS et l,AFFSE(*) devront être explicitées, en tenant compte des spécificités de ces deux institutions, l’approche des risques en santé publique, ainsi que les valeurs limites d’exposition, étant très différentes de celles qui sont prises en compte pour la santé au travail.

•    Surveillance post exposition des travailleurs de l’amiante

Nous avons officiellement demandé à la Direction des relations du travail, en septembre dernier, d’associer les entreprises au travail d’enquête qu’elle a initié dans quatre régions pilotes pour organiser un meilleur suivi des salariés ayant été exposés à l’amiante. En effet, nombre d’entre elles s’investissent dans la recherche des expositions de leur salariés à l’amiante et disposent d’informations précieuses et fiables pour le suivi médical de ces travailleurs.

Nous regrettons aujourd’hui que l’on continue à négliger les partenariats régionaux avec les acteurs qui sont les seuls à disposer des sources et de l’historique permettant d’effectuer des enquêtes fiables et de parvenir à un meilleur suivi pour des populations «à risques » (aucune mention de collaboration avec les entreprises n’est faite dans les documents qui nous ont été remis sur ce sujet).

Nous espérons que vous pourrez répondre à cette attente, que nous considérons comme une condition majeure de validation de cette recherche.

 (*) Agence française de sécurité sanitaire environnementale

 

DEUXIEME PARTIE: L’IMPORTANCE DU DIALOGUE SOCIAL ET LA PLACE DE

LA NEGOCIATION COLLECTIVE DANS LE CHAMP DE LA PREVENTION DES

RISQUES PROFESSIONNELS


 

1 . LES SUITES DE L'ACCORD SANTE AU TRAVAIL

L’accord interprofessionnel sur la santé au travail et la prévention des risques professionnels conclu le 13 septembre 2000 et signé par trois organisations syndicales et toutes les organisations représentatives d’employeurs, témoigne de la volonté des partenaires sociaux de s’engager dans la réforme du dispositif de prévention des risques professionnels et la modernisation de la santé au travail.

Aujourd’hui, vous appelez les partenaires sociaux dans les branches à engager des négociations sur le risque routier. Nous sommes d’accord et avons d’ores et déjà incité les branches professionnelles à négocier la mise en oeuvre de moyens efficaces pour améliorer la sécurité des salariés exposés aux risques routiers, mais il conviendra d’examiner la question du partage de la responsabilité du chef d’entreprise sur le risque trajet, qui dépasse le périmètre immédiat de sa responsabilité.

Vous avez manifesté le souhait que le dialogue social s’étende à d’autres sujets prioritaires pour la santé des salariés: les cancers professionnels, les troubles musculo-squelettiques, et bien entendu les risques technologiques comme le prévoit le projet de loi actuellement discuté au Parlement.

Nous ne pourrons nous engager durablement dans cette voie et inciter les branches à négocier sur ces sujets que si les Pouvoirs publics confortent ce mouvement en transposant et validant toutes les dispositions déjà négociées.

En effet, il est désormais urgent de prendre les dispositions réglementaires nécessaires à l’espacement de la visite médicale tous les deux ans pour tous les salariés qui ne sont pas exposés à des risques spécifiques identifiés par les accords de branches. Plusieurs branches professionnelles ont conclu un accord en ce sens (métallurgie, travail temporaire, ...) et des négociations sont en cours dans de nombreux secteurs (chimie, commerce, entreprises de propreté, magasins de bricolage pour ne citer que les plus avancées).

Toutefois, ces dispositions ne pourront efficacement s’appliquer que si un texte réglementaire modifie l’arrêté de 1977 qui liste les postes justifiant une surveillance médicale spéciale. Il faut en particulier sortir de la liste le travail sur écran dont on sait aujourd’hui qu’il ne comporte pas de risques particuliers nécessitant un suivi médical renforcé pour les salariés concernés.

Par ailleurs, nous attirons votre attention sur le refus d’étendre les accords signés dans le cadre de l’accord santé au travail (la partie de l’accord signé dans le travail temporaire qui concerne la Médecine du travail va être exclue de l’extension avec une justification des plus contestables sur le plan juridique) ou de celui signé dans la branche du ciment sur la santé et la sécurité des travailleurs de nuit. Cette position n’est pas de nature à encourager les négociateurs dans les autres secteurs d’activité...

Enfin, afin de mieux coordonner les acteurs intervenant dans le champ de la santé au travail dans les régions, et de renforcer la prévention des risques professionnels dans les entreprises les plus exposées, et notamment les plus petites, les signataires de l’accord interprofessionnel ont prévu la mise en place d’Observatoires régionaux de santé au travail, gérés par un conseil d’administration strictement paritaire et assisté d’une commission consultative composée de tous les acteurs compétents sur ces questions sur le plan régional (représentants de l’Etat, inspection du travail, Médecins inspecteurs du travail, CRAM, services de santé au travail etc...). Ces institutions sont maintenant présentes dans la quasi totalité des régions et devraient disposer de moyens leur permettant de mettre en oeuvre des actions de prévention. Toutefois, nous rencontrons des difficultés administratives qui pourraient entraver leur action:

En effet, les partenaires sociaux qui siègent dans l’ORST ont demandé qu’un texte réglementaire autorise leur déplacement et indemnise leur participation sur la base des dédommagements pratiqués pour les mandataires de la sécurité sociale, ce qui a été refusé jusqu’à présent.

De plus, une circulaire préconise la constitution, dans les régions, de Commissions régionales de coordination dont la vocation est de conduire un travail similaire à celui des ORST. Cette initiative, justifiée officiellement par la responsabilité de l’Etat sur la question de la prévention des risques professionnels, est jugée inopportune par les partenaires sociaux qui la considèrent comme un élément supplémentaire de confusion.
 

C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, je souhaite insister sur l’importance que nous accordons au dialogue social pour développer la prévention des risques dans les entreprises. Notre implication ne pourra se pérenniser que si l’Etat prend effectivement les mesures nécessaires à la mise en oeuvre concrète des accords signés par les partenaires sociaux.


2. LA PARTICIPATION A LA GESTION DU REGIME AT/MP

Les Présidents du Medef, de la CGPME et de l’UPA vous ont adressé, le 15 janvier dernier, un courrier dans lequel ils appelaient votre attention sur les principes de gestion du régime «accidents du travail et maladies professionnelles » auxquels ils sont attachés et sur les réformes qu’ils estiment nécessaire d’engager pour assurer la pérennité et l’efficacité du système d’indemnisation : création d’une caisse autonome nationale des accidents du travail sous la forme d’un établissement public national à caractère administratif, affirmation explicite du respect du strict paritarisme à la branche AT/MP de la CNAMTS, engagement d’une réforme de l’ensemble du système d’indemnisation des risques professionnels à laquelle le Medef et la CGPME apporteront leur contribution prochainement.

Nous souhaiterions connaître votre position sur ces orientations et demeurons ouverts à toutes discussions. Leur adoption dans un prochain texte législatif favoriserait la participation de l’ensemble des organisations d’employeurs à la gestion des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Le Medef et la CGPME ont d’ores et déjà manifesté leur volonté d’évoluer en ce sens en désignant des représentants au conseil d’administration du fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA), qui a adopté récemment un barème équilibré et en moyenne plus avantageux pour les victimes de l’amiante que les indemnités décidées par les juridictions à la suite des contentieux engagés sur ce sujet. Celles-ci peuvent désormais prétendre au bénéfice de la réparation intégrale de leurs préjudices, sans engager d’actions judiciaires.

 

TROISIEME PARTIE: LES ATTENTES DES ENTREPRISES SUR LES AUTRES QUESTIONS
                                      D'ACTUALITE


1. EN FRANCE

•   La médecine du travail:

Tous les ans, à l’occasion de la séance plénière du Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels, nous alertons le Ministre sur les difficultés que connaissent les entreprises pour remplir leurs obligations réglementaires (visites médicales, suivi médical des salariés sur le lieu de travail...), en raison de la pénurie de médecins du travail.

Les mesures récentes prises dans le cadre de la loi du 17 janvier 2002 ne pourront à elles seules résoudre les difficultés démographiques que connaît cette institution, et qui empêche les salariés de bénéficier de toute la surveillance et de suivi médical prévus par la réglementation. C’est pourquoi, il nous paraît urgent d’engager les réformes de fond qui pourront moderniser cette institution et pérenniser son existence. Outre la nécessité de définir une base réglementaire pour l’espacement de la visite médicale et l’exclusion du travail sur écran de la liste des postes nécessitant une surveillance médicale spéciale, les projets de textes en préparation devront impérativement définir un calcul du temps médical établi sur la base d’un forfait global. Dans l’immédiat, il faudrait revenir aux modalités de calcul du temps médical d’avant 1979, ce qui permettrait de bénéficier de 30% de temps médical supplémentaire et de réduire d’autant le déficit démographique de médecins du travail.

A ces difficultés structurelles sont venues s’ajouter les nouvelles obligations contenues dans le décret du 3 mai 2002 qui prévoit que les travailleurs de nuit bénéficient d’une surveillance médicale renforcée (au moins deux visites par an), et que le médecin du travail doit procéder, pendant les périodes au cours desquelles sont occupés les travailleurs de nuit, à l’étude des conditions de travail.

Ces dispositions placent les entreprises - ainsi que les médecins du travail et les services de santé au travail - dans une situation ingérable (les médecins du travail ne peuvent venir effectuer une étude de poste pendant les plages nocturnes auprès des gardiens de nuit, des travailleurs postés, par exemple). De plus, l’obligation de suivre ces salariés deux fois par an paraît d’ores et déjà irréalisable en raison du manque criant de médecins du travail. Enfin, il apparaît que cette réglementation excessivement contraignante pour tous (employeurs, salariés, médecins...) n’est pas médicalement justifiée pour tous les salariés visés. C’est pourquoi, nous vous demandons de prendre les dispositions permettant de suspendre ce décret, qui n’a pas été régulièrement examiné par le Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels.

Ce défaut de respect de la procédure permettra, en effet, aux entreprises de soulever l’exception d’irrégularité en cas de litige sur l’application des textes sur le travail de nuit.

Enfin, nous souhaitons que les agréments que les services de votre ministère délivrent aux services de santé au travail prennent en compte davantage les besoins des entreprises et donc des salariés dans chaque région, et soient attribués en respectant les conditions d’attribution transparentes et homogènes sur le territoire, ce qui n’est pas toujours le cas.

•    Préretraites amiante

L’application du dispositif de cessation anticipée d’activité aux salariés qui n’ont jamais été exposés à l’amiante, au seul motif qu’ils ont été salariés dans un établissement ou un secteur d’activité ayant utilisé cette substance, produit des effets d’aubaine qui ne sont pas acceptables. Nous souhaitons que ce dispositif soit réservé aux salariés ayant été effectivement exposés à l’amiante dans le cadre de leur travail afin de ne pas mettre en péril durablement la viabilité de nombre de secteurs industriels et d’établissements.

•    Protection des travailleurs contre les rayonnements ionisants

La transposition de la directive Euratom 96/29 a permis d’introduire dans le Code du travail un article prévoyant la justification, l’optimisation et la limitation des doses reçues par les salariés sous peine de sanctions pénales. Encore faut-il que les employeurs puissent être informés en temps réel ou le plus tôt possible des doses reçues pour mettre en oeuvre les mesures de prévention.

En l’état actuel des techniques, il existe, pour une dose aussi basse que celle fixée par la France (20 milisiverts sur douze mois), une marge d’imprécision qui est antinomique avec une valeur limite précise sanctionnée pénalement. Par ailleurs, les salariés des entreprises françaises seront traités différemment des salariés des entreprises étrangères en provenance des pays s’en tenant aux valeurs de la directive. 

Si les dispositions envisagées devaient être maintenues, les entreprises françaises seraient de ce fait exclues des appels d’offre de maintenance nucléaires en provenance de l’étranger.

•    La commission spécialisée « maladies professionnelles »

Les travaux engagés dans cette commission spécialisée doivent reposer sur une rigueur scientifique accrue pour l’identification des maladies qui participent à la définition des tableaux de maladies professionnelles.

En matière de cancers, cette exigence est d’autant plus forte que des facteurs causaux comme le tabac, l’alcool et les habitudes de vie, contribuent de façon notoire et massive à leur manifestation. De plus, il est désormais possible, comme l’ont montré récemment les conclusions d’un rapport d’experts sur le tableau n°47 (poussières de bois), de définir plus précisément les types histologiques de diagnostics des cancers « primitifs» et partant de mieux identifier la part professionnelle de ces cancers.

Cette évolution scientifique rend nécessaire le réexamen systématique de l’ensemble des tableaux de maladies professionnelles comportant l’intitulé de « cancer primitif».

•   Agréments des experts au CHSCT

 Le projet d’étude relatif aux experts du CHSCT doit être réalisé en intégrant la nécessaire transparence et l’équité qui font aujourd’hui défaut dans l’instruction des demandes d’attribution des agréments accordés à ces experts.

 •   Application du décret CMR et valeurs limites d’exposition

Enfin, j’insisterai sur la nécessité d’associer les employeurs à l’élaboration de la circulaire qui sera prise en application du décret « CMR» (cancérogènes, mutagènes, et toxiques pour la reproduction), ainsi que sur le calendrier et le programme de travail prévus pour la définition des « valeurs limites d’exposition contraignantes ».

 

2. EN EUROPE

Sur les questions européennes, je souhaite évoquer ici deux sujets d’actualité sur lesquels nous nous impliquerons particulièrement cette année:

 •   Le “livre Blanc” européen sur la chimie

De manière à évaluer l’impact sur l’économie française de cette future réglementation, l’Union des Industries Chimiques, avec le concours d’autres fédérations industrielles et celui des Pouvoirs publics, a lancé une étude confiée à un cabinet spécialisé. Les résultats, présentés en avril 2003, permettront d’apprécier les conséquences économiques et sociales du “Livre Blanc” et d’apporter un éclairage sur ses impacts environnementaux et sanitaires. Le Medef est préoccupé par le risque de retombées négatives sur l’économie et l’emploi, en contrepartie du faible bénéfice attendu pour la santé et l’environnement.

•   Les négociations engagées sur le stress au travail

Le Medef s’associera à l’initiative prise par les partenaires sociaux européens pour engager des négociations sur le stress au travail, et apportera sa contribution aux travaux conduits. Ces échanges devraient permettre de mieux mesurer l’ampleur du phénomène et de définir plus précisément ses différents impacts.

Conclusion

Si nous adhérons à l’ensemble des objectifs que vous nous proposez, nous demeurons toujours attentifs à ce que l’éradication des risques ne conduise en aucun cas à l’éradication du travail, donc de l’emploi. Nous ne relevons pas de divergences fortes sur les finalités de notre action mais l’efficacité de celle-ci est conditionnée par la pertinence des modalités que nous retiendrons.

Telles sont, Monsieur le Ministre, sans aucune prétention exhaustive, les principales réactions et réflexions dont nous souhaitions vous faire part cette année sur un dossier auquel les partenaires sociaux s’efforcent d’apporter, au delà de leurs discussions contradictoires, leur contribution toujours positive.

Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour votre vigilante attention.