Incidence des conditions de travail sur le maintien dans l’emploi des salariés  un sujet d’actualité

E. LECLERC

CRAM de Normandie - Rouen



 

Les CRAM gèrent, pour le compte de la branche Accidents du Travail (AT) / Maladies Professionnelles (MP) de la Sécurité Sociale, la tarification et la prévention des Risques Professionnels (RP).

La reconnaissance du caractère professionnel des AT et des MP, la fixation des taux d’Incapacité ainsi que le paiement des prestations aux assurés sont confiées aux Caisses Primaires d’Assurance Maladie.

La CRAM de Normandie a compétence sur l’ensemble des établissements, toutes activités confondues, couverts par le régime général de la Sécurité Sociale, exerçant leur activité sur les deux régions, Haute et Basse Normandie.

L’activité de son service de prévention des RP s’exerce dans le cadre du Code de la Sécurité Sociale et consiste à promouvoir toutes les actions visant à la réduction des risques d’AT, de MP, à la préservation de la Santé au Travail des salariés.

Les services de prévention, créés avec le système de Sécurité Sociale, il y a plus d’un demi siècle, ont contribué à la réduction sensible du nombre et de la gravité des accidents du travail.

C’est ainsi que l’indice de fréquence des accidents du travail avec arrêt est passé de 120 en 1950 à 45 en 2000.

On constate, depuis quelques années, une certaine stabilisation des résultats en termes d’AT.

En revanche, le nombre de maladies professionnelles déclarées et reconnues est en très forte croissance, multiplié par 5 en 10 ans, et ces chiffres ne reflètent que la partie connue d’un phénomène de beaucoup plus grande ampleur.

C’est ainsi, par exemple, que le nombre de cancers professionnels reconnus en France est inférieur à 1.000 par an, alors que de récentes études fondées sur des enquêtes épidémiologiques, avancent des chiffres, variant de 7.000 à 15.000, de cas de cancers attribuables à des facteurs professionnels.

Les maladies faisant actuellement l’objet du plus grand nombre de reconnaissances en France sont les pathologies péri articulaires rencontrées dans un éventail très large d’activités. Ce sont les Troubles Musculo Squelettiques couverts par le tableau n°57 des MP.

Ces pathologies ne sont, en général, pas perçues comme des atteintes graves à la santé mais génèrent des inaptitudes partielles ou totales au poste, trop souvent suivies, chez du personnel vieillissant et peu qualifié, d’une désinsertion professionnelle et quelquefois d’une désinsertion sociale.

Il est clair que l’indemnisation accordée actuellement par le système de réparation forfaitaire de la Sécurité Sociale est très loin de couvrir la réalité du préjudice professionnel.

En effet, des taux d’Incapacité Permanente Partielle (IPP) de l’ordre de 10 à 15% ne sont pas rares pour ce type d’incapacité.

Mais bien d’autres situations professionnelles peuvent conduire à des situations dramatiques comme celles des expositions à des allergènes.

Par exemple, l’allergie à la poussière de farine chez les boulangers ou pâtissiers est à l’origine de déclarations de rhinites à un âge moyen de 28 ans et d’asthmes à un âge moyen de 43 ans.

Dans cette dernière situation, une reconversion professionnelle, souvent problématique, est inévitable. Les quelques dizaines de cas reconnus à titre professionnel en France par an ne sont, là encore, que la face émergée de l’iceberg.

Par ailleurs, un nombre croissant d’inaptitudes résultant de l’exercice de travaux pénibles, touchent des salariés de plus en plus âgés, à qui il est demandé de poursuivre encore plus longtemps une activité professionnelle pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein, sans qu’une véritable réflexion ait été menée sur les conditions dans lesquelles ces salariés pourraient effectivement le faire.

À noter que les durées d’arrêt de travail après AT augmentent avec l’âge (21 jours en moyenne pour les salariés de moins de 20 ans à 64 jours en moyenne pour les salariés ayant un âge compris entre 50 et 59 ans, en 2002, en Normandie).

À noter également que les durées d’arrêt ont, d’une manière générale, tendance à s’allonger ces dernières années (+ 17% en 5 ans en Normandie).

Ces questions, de par leur ampleur, sont devenues un véritable problème de santé publique pour lesquelles la mise en œuvre de solutions est compliquée par l’évolution de l’organisation du travail et des relations dans le travail. Il est, en effet, clair que les gestions, dites en flux tendu, avec stock zéro, l’externalisation généralisée des tâches d’entretien et de maintenance, le recours massif à des entreprises sous traitantes, faisant elle même appel à des contrats d’intérim, l’utilisation généralisée d’emplois précaires, dans l’industrie et les services, …, sont potentiellement créatrices d’inquiétude, de stress et d’atteinte à la santé chez les salariés, à tous les niveaux hiérarchiques.

Alors que faire ?

Dans la problématique du maintien dans l’emploi, comme dans toutes problématiques de prévention, il convient d’intervenir le plus en amont possible :

- en intensifiant les actions de prévention des AT : il y avait encore en France, en 2001, environ 45.000 AT avec IPP, c’est-à-dire laissant chez le salarié des séquelles à vie. Or les moyens de prévention existent et sont connus dans la plupart des cas (chutes de hauteur, accidents sur machine, ensevelissements en tranchée, par exemple) ;

- en développant la prévention des expositions aux substances cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. Le dispositif réglementaire précisant les principes de prévention à mettre en œuvre existe (décret CMR) ;

- en s’attaquant résolument aux conditions de travail, non pas seulement sous un angle technique, mais globalement, par une approche pluridisciplinaire associant les compétences médicales, techniques et organisationnelles déjà existantes, mais sans aucun doute à renforcer ;

- enfin, dans les cas où la prévention aurait été insuffisante pour éviter l’inaptitude partielle ou totale, en intervenant le plus en amont possible pour préparer le retour à l’emploi, éviter la désinsertion professionnelle, et, si nécessaire, organiser, dans les meilleurs conditions possibles, la reconversion et le reclassement professionnel.

Les acteurs existent, la coordination et la circulation de l’information peuvent, sans doute, être améliorées. Peut-être existe-t-il un maillon faible, en ce qui concerne le suivi du salarié après son arrêt de travail, alors qu’il est en phase de soin et de rééducation, avant consolidation, surtout dans les PME et les TPE ?

Une réflexion globale des acteurs paraît utile pour progresser.